Caries : démêler les relations entre sucres, fluor et habitudes de consommation

Se brosser les dents au moins deux fois par jour ; éviter de manger des sucreries entre les repas ; limiter sa consommation totale de sucres : quelle technique se révèle la plus à même de prévenir les caries ? Un article paru dans un journal entièrement consacré à la recherche sur les caries apporte quelques éléments d’éclairage.

Caractériser la relation sucres-caries n’est pas si simple

Premier constat : sans remettre en question le caractère cariogène des sucres, souligné par l’OMS dans ses recommandations sur les apports en sucres, la caractérisation de la relation entre le niveau de consommation de sucres et la présence de caries n’est pas si simple. Notamment, il n’existe pas d’études randomisées contrôlées sur la question. Les données disponibles datant des années 1970-80 utilisent notamment des données de disponibilité du sucre, construites à partir des données commerciales d’importation et d’exportation, ne reflétant pas la consommation réelle. Elles couvrent des niveaux de disponibilité très variables selon les pays – de moins de 18 à plus de 44 kg de saccharose/an/habitant –, et laissent entrevoir, selon les auteurs, une absence de relation, une relation linéaire ou une relation log-linéaire (courbe sigmoïde).

Le fluor change la donne

En revanche, dans les études plus récentes, la relation entre sucres et caries apparaît de façon moins marquée dans certaines régions du monde : non pas dans celles consommant le moins de sucres, mais dans celles ayant mis en place une supplémentation en fluor au niveau de la population, en particulier via les dentifrices fluorés. Ainsi, dans les années 1990, dans les pays industrialisés (où la supplémentation en fluor est généralisée), seulement 1 % des variations de présence de caries étaient liées aux sucres, contre 26 % dans les pays en développement. Dans les études épidémiologiques, les associations entre sucres et caries étaient souvent observées chez les personnes ne se brossant les dents qu’une fois par jour ou moins. Le fluor neutraliserait ainsi en partie les effets des sucres sur les caries, expliquant la diminution massive de la prévalence des caries au cours des 30 dernières années dans les pays occidentaux alors même que la disponibilité en sucres dans ces pays n’a pas diminué.

Sucres : une question de dose ou de fréquence ?

Autre point de discussion dans l’étude : les modalités de consommation des sucres et leurs effets sur les caries. En particulier, est-ce une question de dose ou de fréquence ? Bien que les deux notions soient fortement liées et difficilement dissociables, plusieurs éléments suggèrent un effet plus fort de la fréquence de consommation de sucres au cours de la journée. Par exemple, lorsque l’on compare des enfants ayant des caries et ceux n’en ayant pas[1], la consommation totale de sucres ne diffère pas, alors que celle provenant uniquement des snacks est plus élevée chez les premiers (de même que les apports en calories et en glucides). Dans deux autres études[2] chez de jeunes enfants, l’augmentation de la fréquence des prises alimentaires et des aliments sucrés est associée à un risque plus élevé de caries. Des résultats qui appuient donc des recommandations d’hygiène dentaire visant à réduire le nombre d’épisodes de consommation de produits sucrés au cours de la journée, plutôt que la dose totale. Et de souligner l’importance de rythmes alimentaires structurés, dont la consommation du petit déjeuner, pour cela.

Quid du type d’aliment ?

Dernière vérification d’intérêt faite par les auteurs : la quantité et le type de sucres présents dans un produit joue-t-elle un rôle ? Cela ne semble pas être le cas : en effet, quelles que soient les concentrations en sucres testées (sauf lorsqu’elles sont très faibles), la production d’acide cariogène est la même. Enfin, les sucres intrinsèques semblent produire les mêmes effets cariogènes que les sucres libres ou ajoutés.

 

À retenir :

  • La généralisation des dentifrices fluorés dans les pays occidentaux a permis de faire chuter le nombre de caries malgré des consommations de sucres qui restent stables.
  • Précisant la relation entre sucres et caries, les données suggèrent que réduire la fréquence de consommation de produits sucrés au cours de la journée pourrait être plus efficace que de réduire la quantité totale de sucres consommés.

Source : Sugar Restriction for Caries Prevention: Amount and Frequency. Which Is More Important? van Loveren C. Caries Res. 2018 Aug 8;53(2):168-175.

[1] Burt BA et al. J Dent Res 198; 67: 1422–1429.

[2] Feldens CA et al. Caries Res 2010; 44: 445–452 ; Rodrigues CS et Sheiham A. Int J Paediatr Dent 2000; 10: 47–55.

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Auteur : van Loveren C.

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Brèves Nutrition n°74 - Novembre 2018