La consommation de sucre fait débat en France depuis plusieurs années. Mais que disent vraiment les chiffres ?

Il existe deux manières de mesurer la tendance :

  • Les données de ventes, disponibles depuis l’après-guerre
  • Les données de consommation, via des enquêtes de consommation, qui sont quant à elles publiées depuis la fin des années 1990.

Dans les deux cas, et contrairement aux idées reçues, les données sont stables en France (depuis 50 ans pour les ventes, et depuis qu’elles sont mesurées pour la consommation, c’est à dire depuis 20 ans).

Et par ailleurs, il se trouve (là aussi contrairement à beaucoup d’idées reçues…) que les données de consommation moyenne de sucre sont en phase avec les recommandations des autorités de santé françaises ou internationales. (Voir notre billet « Recommandations » )

 

Données de vente : une stabilité depuis 50 ans

En France, c’est France Agrimer(1) qui mesure les ventes de sucre. Elles se situaient autour de 32 kg par personne et par an en 1962. En 2017, ce chiffre s’élève à… 33 kg.

Il existe des petites variations à la hausse ou à la baisse chaque année, comme le montre le graphique, mais on peut dire que les ventes de sucre sont stables, aux alentours de 33 kg /an /personne en moyenne.

Ces données sont utiles car elles montrent une tendance (stable, donc), mais elles ne donnent pas la réalité de la consommation. En effet, tout le sucre qui est vendu n’est pas consommé en tant que tel.

Les différents usages de ces 33 kg sont les suivants :

Des usages alimentaires (consommation) :

  • par les ménages (sucre de table, fait-maison etc.)
  • par les professionnels (pâtissiers, boulangers…)
  • par les industriels (boissons, plats préparés…)


Des usages non-alimentaires

  • Usage chimique dans l’industrie pharmaceutique, homéopathie, fabrication du bioéthanol…
  • Transformation du sucre (chaptalisation du vin, caramélisation, vins effervescents etc.). Notons qu’au cours de cette transformation, le sucre perd tout ou partie de son pouvoir calorique, c’est pour cela que nous nous autorisons à le classer dans « non-alimentaires.

Enfin, des « non-usages » : c’est à dire la perte (par les industriels, au cours des processus de fabrication) ou le gaspillage (par les ménages).

Regarder les ventes, c’est bien, mais il faut aussi s’intéresser à ce que disent les enquêtes de consommation !

 

Enquêtes de consommation : une stabilité depuis 20 ans

Deux organisations font des estimations de nos consommations de sucre en France : L’ANSES (Agence Nationale de Sécurité Sanitaire de l’Alimentation) et le CREDOC (Centre de Recherche pour l’Etude et l’Observation des Conditions de vie). (2)

  1. Ce que dit l’ANSES

L’ANSES évalue la consommation de sucres totaux, c’est à dire :

  • Les sucres naturellement présents dans les fruits et légumes
  • Les sucres ajoutés dans les produits alimentaires, que ce soit à la maison, par des professionnels ou des industriels. En France, le sucre issu de betterave et de canne représente environ ¾ des sucres ajoutés, le reste : sirops de glucose, miel, sirop d’érable, etc..

L’ANSES, dans sa méthodologie, exclut le lactose, c’est à dire le sucre naturellement présent dans les produits laitiers).

Et donc, d’après l’ANSES, notre consommation réelle de sucres (hors lactose, donc), est de 75 g/jour/personne en moyenne.

Pour mémoire, l’ANSES fixe la recommandation d’apports maximum en sucres (hors lactose) à 100g/jour (valeur fixée pour les adultes, travail en cours pour les enfants).

Pour l’ANSES, la consommation moyenne est donc inférieure à la limite de recommandation. Cela ne veut pas dire qu’il n’y a pas d’excès : une proportion non négligeable d’adultes jeunes (plus de 30%), dépasse les apports limites en sucres, de même sans doute pour les enfants (travail de l’Anses en cours).

 

  1. Ce que dit le CREDOC

Le CREDOC publie régulièrement des résultats d’enquêtes de consommation pour l’ensemble de l’alimentation, dont les sucres.

Chez les adultes, les apports en sucres totaux (tous les sucres, y compris le lactose cette fois) sont, en moyenne, de 85g/j et sont stables depuis 1999.(3).

Le CREDOC mesure aussi notre consommation de sucres libres. Vous avez dit sucres libres ? Il s’agit de l’ensemble des sucres ajoutés ainsi que celui des jus de fruits et du miel.

Mais pourquoi mesurer les sucres libres ? Parce que les recommandations de l’Organisation mondiale de la santé (OMS)  se basent sur les sucres libres (et non les sucres totaux).

Notre consommation en sucres libres, donc, a été estimée pour la population générale (3 ans et plus) à : 53 g/j en moyenne (soit 11 % des apports caloriques journaliers), selon une étude se basant sur des données de consommation en 2016(4).

 

Et comment se situe cette consommation par rapport aux recommandations de l’OMS ?

L’OMS recommande que nos apports en sucres libres ne dépassent pas 10% de nos apports énergétiques, soit 50 g/j pour un apport calorique standard de 2000 kCal.

Plus précisément, en France, cela correspond à 46 g/j pour un apport de 1850 Kcal observé chez les femmes, et à 57g/j pour un apport de 2300 Kcal chez les hommes.

En moyenne, la consommation de sucres des Français est proche des recommandations de l’OMS. (Mais là non plus, cela n’empêche pas qu’il y ait une consommation excessive chez certains).

 

Pour récapituler sur la consommation :

 Recommandation autorités de santéEnquêtes de consommation
Sucres totaux85g/j (selon CREDOC)
Sucres totaux (hors lactose)100g/j (selon ANSES)75g/j (selon ANSES)
Sucres libres10% soit environ 50g/j (selon OMS)53g/j (selon CREDOC)

 

 

Quid du reste du monde ?

Si en France, la consommation de sucres est stable et en moyenne proche des recommandations, il n’en va pas de même pour certains pays qui présentent des chiffres beaucoup plus élevés (Mexique, Etats-Unis, …).

Chiffres US : 76g/j de sucres ajoutés (2008) ou 13% AET chez les adultes (2009-2012)(5)

Notre mode de vie n’a d’ailleurs pas grand-chose à voir avec ces pays : structure des 3 repas quotidiens, fait-maison, temps passé à table, importance de la gastronomie et culture alimentaire forte… Le modèle alimentaire français est aussi un rempart contre les excès.

Voici en synthèse (forcément détaillée, le sujet est complexe !) ce que l’on peut dire sur la consommation de sucre en France. Beaucoup de mauvais chiffres ou d’erreurs d’interprétations circulent, mais la consommation de sucre en France est majoritairement une consommation raisonnée.

Le vrai sujet n’est donc pas la consommation moyenne de sucre ou son évolution : ce sont les excès.

En dehors de certaines populations sensibles ou aux caractéristiques particulières (diabétiques, obèses, enfants), qui doivent faire l’objet d’une attention spécifique, le sucre peut se consommer avec plaisir et de manière raisonnée, dans le cadre d’un mode de vie sain (alimentation équilibrée, mode de vie actif).

Vive la consommation raisonnée !

 

Sources :

[1] France Agrimer

[2]  Les enquêtes nationales de consommation alimentaire en France sont réalisées par l’ANSES et le CREDOC. Elles permettent d’évaluer les consommations individuelles en sucres par un relevé détaillé des quantités d’aliments consommés, quantités qui sont croisées avec des tables de composition nutritionnelle.

[3] « Actualisation des repères du PNNS : établissement de recommandations d’apport de sucres de 2016 », Annexe 2

[4] CCAF 2016 du CREDOC

[5] Bailey RL et al., Nutrients 2018