Ajoutés aux aliments pour leur pouvoir sucrant élevé et leur apport calorique nul ou faible, les édulcorants sont tantôt plébiscités, tantôt décriés… Où en est-on réellement des preuves de leurs effets sur la santé ? Une revue systématique fraîchement publiée dans le British Medical Journal fait le point.

 

Une revue systématique des études : méthodologie

Les chercheurs ont tout d’abord effectué une recherche systématique des études d’intervention et d’observation publiées dans les bases de données Medline, Medline in Process and Medline Daily Update, Embase et The Cochrane Central Register of Controlled Trials, ainsi que des essais cliniques en cours via ClinicalTrials.gov. Ils ont inclus des études comparant la consommation d’édulcorants à la consommation de sucres, d’eau, ou encore d’un placebo. Celles-ci devaient spécifier le type d’édulcorant testé, et les doses utilisées ne devaient pas excéder les apports journaliers acceptables définis (le cas échéant) par les autorités de santé. Les études étaient réalisées sur des populations d’adultes et d’enfants, en bonne santé ou souffrant de surpoids ou d’obésité. Les effets des édulcorants explorés portaient notamment sur le poids/l’indice de masse corporelle (IMC), la glycémie, la santé bucco-dentaire, le comportement alimentaire mais aussi la préférence pour le goût sucré et la survenue de maladies (maladies cardiovasculaires, cancer, etc.).

 

Peu d’effets santé attribuables aux édulcorants

Sur les 56 études retenues, 35 étaient des études observationnelles et 21 des essais randomisés contrôlés (ERC).

Chez l’adulte, par rapport à du saccharose, des effets bénéfiques de faible ampleur des édulcorants étaient constatés dans deux ERC sur l’IMC (différence moyenne de – 0,6 kg/m², n = 174 sujets), ainsi que dans deux ERC sur la glycémie à jeun (- 0,16 mmol/L, n = 52). A contrario, dans une étude de cohorte, des consommations plus faibles d’édulcorants étaient associées à un gain de poids plus faible (- 0,09 kg, n = 17 934) par rapport à des consommations plus élevées. Des conclusions à considérer toutefois avec précaution car, comme le soulignent les auteurs, ces dernières proviennent d’un nombre limité d’études et de niveaux de preuve jugés faibles ou très faibles.

Chez les enfants, un seul type d’effet a été rapporté dans deux études d’intervention, et ce avec un niveau de preuve modéré, à savoir une augmentation plus faible du z-score de l’IMC observée chez ceux recevant des boissons à base d’édulcorants par rapport à du saccharose (- 0,15 kg, 2 ERC, n = 528).

Pour tous les autres critères de santé considérés (santé bucco-dentaire, apports en sucres et en énergie, incidence du diabète, du cancer, des maladies cardiovasculaires et rénales), aucune différence n’était détectée, d’une part, entre les sujets consommant ou ne consommant pas d’édulcorants, et d’autre part, en fonction de la dose d’édulcorants consommée.

 

Une confiance limitée à accorder aux résultats

L’utilisation de la méthodologie Cochrane* pour la réalisation de cette revue systématique a permis aux auteurs de révéler la qualité méthodologique limitée des différentes études incluses, ainsi que leurs lacunes dans le reporting, c’est-à-dire le manque d’informations rapportées dans les publications. Parmi les principales faiblesses méthodologiques relevées, les durées d’études ainsi que les nombres de participants étaient faibles. De plus, peu d’essais étaient réalisés en aveugle et la « causalité inversée* » ne pouvait pas toujours être exclue dans les études d’observation (ici, la consommation d’édulcorants pourrait avoir lieu afin de pallier une prise de poids excessive préexistante). Par conséquent, la confiance dans les résultats rapportés demeure, pour les auteurs, limitée.

 

À retenir :

  • Une revue systématique et méta-analyse des études disponibles conclut à l’absence de preuves convaincantes de bénéfices importants pour la santé de la consommation d’édulcorants.
  • L’utilisation de la méthodologie Cochrane pour la réalisation de cette revue systématique a toutefois révélé la faiblesse méthodologique des études disponibles, qui s’avéraient de courtes durées, intégrant peu de participants et rarement réalisées en aveugle.

 

Source : Association between intake of non-sugar sweeteners and health outcomes: systematic review and meta-analyses of randomised and non-randomised controlled trials and observational studies. Ingrid Toews, Szimonetta Lohner, Daniela Küllenberg de Gaudry, Harriet Sommer & Joerg J. Meerpohl. BMJ. 2019 Jan 15.

 

*Higgins JPT, Green S. Cochrane handbook for systematic reviews of interventions. Version 5.1.0. John Wiley & Sons, 2011.

**Interprétation “à l’envers” d’une association observée entre deux variables : on croit que X (e.g. X = consommation d’édulcorants) induit Y (e.g. Y = prise de poids), alors que c’est Y qui induit X.

Auteur : Ingrid Toews

Documents supports :
Brèves Nutrition n°75