Bien que le comportement alimentaire soit régulé par des facteurs physiologiques, via des signaux internes (comme la faim et le rassasiement), il dépend également de signaux externes perturbateurs, tels que l’environnement social, le stress ou le sommeil. Les auteurs de cet article se sont intéressés à ces déterminants qui constituent un enjeu majeur dans la prévention de l’obésité, et en particulier à la dimension symbolique de l’alimentation. Ils précisent qu’ils entendent ici « ce que véhicule l’alimentation sur le plan inconscient, et qui est susceptible d’interférer sur la régulation physiologique du comportement alimentaire, en dehors de toute considération relative à la valeur symbolique de la pratique culinaire, des conditions du repas, et du jeûne ».

Les auteurs décortiquent les différentes dimensions symboliques de l’alimentation en commençant par la symbolique de l’identité socioculturelle, illustrée par la citation de Brillat Savarin : « Dis-moi ce que tu manges, je te dirai ce que tu es ». En effet, l’alimentation constitue à la fois un facteur d’appartenance à un groupe social et un facteur de différenciation, certains aliments étant exclus et d’autres consommés en apportant ainsi une cohésion au groupe. L’alimentation avec sa symbolique d’incorporation est également sujette à de nombreux rites, notamment dans les religions monothéistes qui appliquent des interdits sur certains aliments (vache chez les hindous ou porc chez les musulmans), ou au contraire sacralisent la consommation d’autres (l’hostie représentant par exemple une incorporation du divin). Ces rites sont associés à une pensée magique, traduite par le sociologue Claude Fischler par « Vous êtes ce que vous mangez », où le mangeur absorbe les caractéristiques de l’aliment ingéré et se construit en mangeant. Enfin, l’alimentation porte également une symbolique relationnelle forte, comme l’a illustrée Marcel Proust avec sa fameuse madeleine, dépassant l’instant présent et lui rappelant les doux moments de son enfance. Les industriels agroalimentaires utilisent cette symbolique en associant par exemple des jeux dans les aliments pour enfants ou en évoquant un univers érotique dans des publicités pour glaces, chocolat ou café.

L’alimentation, source de plaisir, peut être recherchée pour sa dimension symbolique affective dans des cas de déficit persistant des vecteurs habituels d’affectivité, d’éloignement familial ou de sentiment de solitude. Ce phénomène peut apparaître dès l’enfance, lorsque par exemple les parents transmettent leur affection par l’alimentation plus que par les gestes. Les auteurs l’illustrent par des cas cliniques de prise de poids associée à une dimension symbolique de l’alimentation : par exemple, une prise de poids de 24 kg en 5 ans d’une femme consommant compulsivement des tartines de fromage qu’elle associe à son père décédé ; ou une consommation en grandes quantités des pâtes, aliment « doudou » d’une femme, pour compenser le manque d’affection de sa mère. Ces exemples montrent l’importance de prendre en compte la dimension symbolique, trop souvent méconnue, lors de la prise en charge de patients en surpoids.

 

Comportement alimentaire et obésité : place de la symbolique alimentaire. Eric Bertin, Gérard Ostermann. Cahiers de Nutrition et de Diététique, Volume 52, Issue 3, June 2017

 

Auteur : Bertin E

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Brèves Nutrition n°69 - Septembre 2017 - 69003