Vingt ans après la découverte de la ghréline, l’une des principales hormones orexigènes, une revue fait le point sur son implication majeure dans la régulation de nos comportements alimentaires.

 

La ghréline régule la prise alimentaire

La prise alimentaire est étroitement régulée par deux grands types de mécanismes : ceux assurant le maintien de l’homéostasie énergétique, c’est-à-dire l’équilibre de l’organisme entre les apports et les dépenses énergétiques (qui se traduit par la stabilité des réserves énergétiques, et donc de la masse grasse et du poids) ; et ceux impliqués dans les circuits cérébraux de la motivation et de la récompense alimentaire.

Hormone découverte en 1999, la ghréline agit sur ces deux types de mécanismes et revêt donc un intérêt particulier pour les chercheurs. Sa production est assurée par l’estomac, en réponse à des stimuli tels que la baisse de disponibilité en nutriments. Sa sécrétion augmente donc en période de jeûne et diminue après un repas. Elle est considérée comme un puissant initiateur de la prise alimentaire.

 

Une hormone à la fois impliquée dans l’homéostasie énergétique et la récompense alimentaire

Les récepteurs de la ghréline se situent essentiellement dans l’hypothalamus, où elle active les neurones responsables de la synthèse du neuropeptide Y (NPY) et du peptide apparenté à l’agouti (AgRP), deux peptides orexigènes. Mais la ghréline exerce aussi une action sur d’autres structures cérébrales impliquées dans les circuits de la motivation et de la récompense, comme l’aire tegmentale ventrale (ATV) et le noyau accumbens. Ainsi l’administration de ghréline dans l’ATV de rats les incite à faire davantage d’efforts pour obtenir une récompense alimentaire. Tandis que, chez l’être humain, des IRM effectuées chez des sujets exposés à des images d’aliments appétents ont montré que :

  • la ghréline activait les aires cérébrales liées à la récompense,
  • que les taux circulants de ghréline étaient corrélés au degré d’activité de ces zones,
  • mais aussi que leur activation variait en fonction de la prédisposition génétique à l’obésité.

 

La dopamine, médiateur clé de l’action de la ghréline

Comment expliquer que la ghréline augmente notre motivation ou notre satisfaction en présence de nourriture ? Ces effets pourraient être médiés par la dopamine, un neuromédiateur impliqué dans les circuits de motivation et de récompense. Sous l’influence de signaux alimentaires, la ghréline stimulerait certains neurones de l’hypothalamus, qui ont pour effet d’augmenter la production de dopamine par l’ATV et le noyau accumbens.

Les recherches suggèrent que la ghréline agit aussi de manière combinée avec des molécules comme les opioïdes ou les cannabinoïdes, sur d’autres zones cérébrales pour moduler notre attrait pour la nourriture.

 

Des espoirs pour comprendre et traiter les troubles alimentaires

Les effets de la ghréline sur le contrôle de la prise alimentaire et les circuits de la récompense suscitent des espoirs vis-à-vis de certaines maladies nutritionnelles. Notamment, l’obésité pourrait être caractérisée par une résistance à l’action de la ghréline dans la recherche de récompense alimentaire : mieux comprendre ces dysfonctionnements pourrait ainsi ouvrir la voie à des mesures préventives ou curatives.

Par ailleurs, la ghréline, agissant comme un puissant orexigène, pourrait être utilisée chez des patients souffrant d’anorexie ou atteints de maladies caractérisées par la cachexie comme le cancer, afin de stimuler leur prise alimentaire.

 

À retenir :

  • En tant qu’hormone orexigène, la ghréline participe largement au contrôle de l’homéostasie énergétique de l’organisme.
  • Elle intervient aussi dans les circuits de la motivation et de la récompense alimentaire.
  • Ces deux rôles, complémentaires dans la régulation du comportement alimentaire, font de la ghréline un candidat suscitant un grand intérêt pour la prise en charge de pathologies nutritionnelles telles que l’obésité, l’anorexie ou la cachexie liée au cancer.

 

Source : Ghrelin and food reward. Omar Al Massadi, Ruben Nogueiras, Carlos Dieguez, Jean-Antoine Girault. Neuropharmacology. 2019 Jan 5.

Auteur : Omar Al Massadi

Documents supports :
Brèves Nutrition n°75