Est-il possible de faire manger davantage de carottes aux enfants en jouant sur leur présentation, entières ou en dés ? C’est ce qu’ont cherché à comprendre des chercheurs australiens au cours d’une étude menée sur 52 enfants âgés de 6 à 11 ans.

L’effet de biais d’unité : un levier pour inciter à la consommation ?

Afin d’augmenter la consommation de légumes chez les enfants, les auteurs de cette étude se sont intéressés à ce que les scientifiques appellent l’effet de biais d’unité (influence de la présentation, de la taille de la portion). Cet effet a été démontré pour les snacks chez des adultes : par exemple un individu tend à manger davantage de cookie si cet en-cas lui est présenté sous forme d’un grand gâteau plutôt que plusieurs petits.

Ceci pourrait être lié au fait que le mangeur associe la consommation répétée de petites portions à un comportement impulsif qu’il réfrène donc inconsciemment, mais aussi au phénomène de rassasiement sensoriel spécifique (RSS). Ce dernier correspond à la diminution au cours du temps de l’appréciation faite d’un aliment consommé à volonté, par rapport au même aliment consommé de manière limitée dans le temps, et qui freine donc sa consommation. Il dépend entre autres de la vitesse d’ingestion : plus un aliment est consommé rapidement (c’est le cas des grandes portions avalées avec de plus grosses bouchées), plus cet effet diminue, ce qui nous pousse à manger davantage.

Deux sessions expérimentales à une semaine d’intervalle

Dans cette étude, les chercheurs ont mesuré la consommation de carottes par les enfants pendant la projection d’un film au cours de deux sessions expérimentales espacées d’une semaine : les carottes étaient proposées entières lors de la première session et coupées en dés au cours de la deuxième. L’intérêt du film était de réduire l’aspect expérimental de la situation en plaçant les enfants dans un contexte de consommation connu.

Avant chaque test, les enfants ont noté le goût des carottes et d’un autre aliment, en l’occurrence du concombre qui, n’étant pas consommé à volonté, a servi de témoin pour l’évaluation de l’effet RSS. Une boîte contenant 500 g de carottes leur a ensuite été remise, en leur indiquant qu’ils pouvaient en manger à volonté, et le film a commencé. Leur consommation de carottes a été mesurée, et leur appréciation des carottes et des concombres évaluées à nouveau après 10 minutes et 90 minutes de film.

Des résultats en faveur des carottes entières, à confirmer

A l’issue de l’expérience, tous les enfants ont consommé des carottes, indépendamment de leur présentation. La majorité des enfants a mangé davantage de carottes entières que de carottes coupées en dés (65 % = 34/52). La consommation médiane de carottes entières était significativement supérieure à celle des carottes en dés (39 g contre 26 g après 10 minutes ; 126 g contre 66 g après 90 minutes). En outre, l’appréciation gustative des carottes n’ayant pas varié au cours de l’expérience, l’effet SSS ne peut être invoqué pour expliquer ces différences de consommation.

Les auteurs soulignent néanmoins que ces résultats sont à confirmer. Il est en effet possible que la consommation de carottes entières ait été favorisée par leur praticité au détriment des carottes en dés obligeant les enfants à piocher plus fréquemment dans la boîte. De plus, il n’est pas non plus garanti que ces résultats puissent être extrapolés à d’autres légumes, moins populaires que la carotte.

 

À retenir

  • Dans une situation récréative, et à défaut d’autre chose, les enfants consomment spontanément des carottes en guise d’en-cas.
  • Dans la situation étudiée, les enfants ont mangé davantage de carottes entières que de carottes coupées en dés, illustrant l’influence de la présentation sur le niveau de consommation d’un légume donné.
  • Cette étude montre, fait déjà observé et connu que la taille des portions est un élément régulateur de la prise alimentaire, même pour les carottes.

 

Source : Liem DG, Russell CG. Supersize me. Serving carrots whole versus diced influences children’s consumption. Food quality and preferences. June 2019 ; 74: 30-37.

 

Auteur : Liem DG

Documents supports :
Brèves Nutrition n°75 - février 2019