C’est peut-être difficile à croire mais c’est un fait : la consommation de sucre n’a pas explosé en France, elle est stable depuis une cinquantaine d’années ! Contrairement à ce que l’on entend souvent dire dans les médias, elle se situe en outre dans les recommandations internationales.

Preuves à l’appui : les données de ventes de la FAO (Food and Agriculture Organization) depuis les années 1960 et les données de consommation de l’ANSES depuis les années 2000.

Précisons tout de même que, oui, depuis 1850, la consommation de sucre a franchement augmenté. On était, selon les sources, entre 3 et 5 kg/an/personne. Mais il ne faut pas dissocier ce fait du contexte historique. Pour rappel, en 1850, les calories alimentaires sont peu diversifiées, et le socle des repas est constitué de pain et de pommes de terre. C’est à cette période que la disette et la famine disparaissent peu à peu en France, et ce en lien avec les révolutions agricoles et industrielles. On assiste alors à une hausse de la consommation de l’ensemble des produits alimentaires de base : céréales, pommes de terre, légumineuses… et au début du XXe siècle, la consommation des autres aliments continue d’augmenter, en particulier celle des produits d’origine animale, mais aussi celle des légumes et des fruits, des huiles et du beurre, du sucre et du café. On ne peut en déduire une responsabilité du sucre dans l’épidémie d’obésité, ni d’ailleurs y voir un rôle quelconque dans l’augmentation de l’espérance de vie !  C’est l’ensemble de notre alimentation, de notre société, de notre système de soins qui a bougé.  Attention aux raccourcis.

Que dit la FAO ?

Revenons à nos données. Le site de la FAO nous renseigne sur l’évolution des ventes de sucre (appelées également « disponibilité ») : http://www.fao.org/faostat/fr/#data/FBS Voir détail de la démarche (1)

Notre tableau apparait alors ainsi :

La disponibilité était de 32 kg en 1962 et 35 kg en 2012, soit une donnée de ventes stable, aux alentours de 35 kg /an /personne en moyenne.

Ces chiffres reflètent les ventes, mais pas les consommations réelles de sucre.

Les ventes de sucre donnent une idée des tendances du marché sur de longues périodes et à l’échelle globale d’un pays. Mais pour savoir ce que l’on consomme vraiment au niveau individuel, il faut se reporter aux enquêtes alimentaires (2), comme celles de l’ANSES (enquêtes INCA, enquêtes individuelles nationales de consommation alimentaire) et du CREDOC (Centre de Recherche pour l’Etude et l’Observation des Conditions de vie).

 

Quelles sont nos vraies consommations de sucres ?

Dans son rapport de Décembre 2016, l’ANSES a fixé une recommandation d’apport en sucres totaux hors lactose à 100 g/j/personne. Cette limite vaut pour l’ensemble des sucres apportés par les aliments naturellement présents et ajoutés, sauf le lactose des produits laitiers.

L’ANSES évalue nos apports actuels à 75 g/jour de sucres hors lactose.

20% des adultes dépassent la limite des 100 g de sucres totaux (hors lactose) par jour.

Le CREDOC dispose également de données de consommation en sucres totaux (tous les sucres y compris le lactose) (3). Chez les adultes, ces apports en sucres sont, en moyenne, de 85g/j et sont stables depuis 1999.

Alors consommons-nous trop de sucre(s) ?

L’Organisation mondiale de la santé (OMS) a publié en 2015 ses recommandations sur la consommation de sucres (4).

Elle recommande de limiter les apports en sucres libres (sucres ajoutés + sucres des jus de fruits) à moins de 10 % des calories quotidiennes, dans un objectif de santé publique visant la prévention de l’obésité et de la carie dentaire.

En clair, pour un apport calorique standard de 2000 kCal/jour, nos apports en sucres libres ne doivent pas dépasser 50 g/j. Pour un apport de 2500 kCal, cela correspond à 62g/j.

En France, notre consommation en sucres libres a été estimée à 51,9 g/j en moyenne (soit 9,5 % des apports caloriques journaliers), par une étude datant de 2017, se basant sur des données de consommation des adultes datant de 2006/2007 (5).

Globalement, on peut alors dire qu’en moyenne les Français respectent la recommandation de l’OMS.

Ceci étant, dans la même étude, il est indiqué que 41% des adultes Français sont au-dessus de cette moyenne, avec sans doute chez certains des consommations de sucres très excessives.

 

Comment expliquer de tels écarts entre ventes et consommation de sucre ?

Une équation simple :

51,9 g/j = 19-20 kg/an

Pour rappel : nos ventes de sucre sont estimées à 35 kg/an, ce qui correspondrait à une disponibilité de 95g/j.

Il y a donc un écart du simple au double entre ce qui est vendu et ce qui est réellement consommé (51g/j).

 

D’où vient cet écart ?

Très simplement, on ne consomme pas tout ce que l’on achète : des crèmes desserts périmées, une bouteille de soda entamée et jetée dans l’évier, un gâteau fait-maison raté (ça arrive aux meilleurs !), le gaspillage en restauration hors domicile … tout cela, c’est du sucre vendu et non consommé.

De plus, une partie du sucre mis sur le marché est transformé ou utilisé à des fins non alimentaires (chaptalisation, caramels colorants, vins effervescents,).

Si en France, la consommation de sucres est stable et s’inscrit en moyenne dans les recommandations, il n’en va pas de même pour le reste du monde où certains pays ont un modèle alimentaire bien différent (Mexique, Etats-Unis, …). Le mode de vie à la française semble plaider en notre faveur : structure d’au moins 3 repas quotidiens, fait-maison, temps passé à table, importance de la gastronomie, diversité de nos produits de terroirs et culture alimentaire forte.

 

En bref, que retenir ?

35 kg /an/habitant : ce sont les ventes de sucre en France, stables depuis 50 ans

20 kg, : c’est l’estimation de la consommation moyenne en France, sucre à domicile et sucre ajouté dans les produits alimentaires

100 g/j : limite ANSES des apports en sucres hors lactose :  notre conso moyenne est estimée à 75 g/j

50g/j : limite OMS des apports en sucres libres :  notre conso moyenne est estimée à 51 g/j

 

 

(1) Dans les données, il faut choisir : « Bilans Alimentaires – Bilans Alimentaires », puis le pays (en France en l’occurrence), le sucre et les années à afficher.

(2) Les enquêtes nationales de consommation alimentaire en France sont réalisées par l’ANSES et le CREDOC depuis une dizaine d’années, avec des méthodologies voisines (échantillon national représentatif, relevé individuel sur cahier de consommation de 7 jours consécutifs, tables de composition des aliments CIQUAL, répartition des relevés sur une année, consommations domicile et hors domicile). Elles permettent d’évaluer les consommations individuelles en sucres par un relevé détaillé des quantités d’aliments consommés, quantités qui sont croisées avec des tables de composition nutritionnelle.

(3) « Actualisation des repères du PNNS : établissement de recommandations d’apport de sucres de 2016 », Annexe 2 : https://www.anses.fr/en/system/files/NUT2012SA0186Ra.pdf

(4) CCAF 2003, CCAF 2010 , CCAF 2013, CCAF 2016

(5) http://www.who.int/mediacentre/news/releases/2015/sugar-guideline/fr/

(6) : « Individual Diet Modeling Shows How to Balance the Diet of French Adults with or without Excessive Free Sugar Intakes ». Lien : https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC5331593/