Dans l’émission Santé hebdo du dimanche 21/10/2018, Michel Cymes et ses chroniqueurs ont parlé du sucre et de ses substituts, en alignant quelques énormités et autres souverains poncifs.

 

« Index glycémique (IG): il est de 100 pour le sucre »

 

Le sucre a un IG de 64

 

 

La chronique aborde la notion d’index glycémique (ou « indice » en français), qui renseigne sur la capacité d’un glucide (amidons ou sucres), ou d’un aliment qui en contient, à agir sur la glycémie ou taux de glucose dans le sang.

L’IG est évalué en comparaison au glucose pur (et non au sucre-saccharose), qui prend par définition la valeur de 100. Le sucre a un IG de 64 (moyen à élevé) comme le miel, le sirop d’érable, ce qui les place non loin sans doute du sucre de coco (IG de 54 selon l’Univ d’Australie – voir notre article T’as le sucre, coco). A noter que l’IG d’un aliment n’est pas forcément associé à sa teneur en sucres mais va dépendre de son mode de préparation, des autres composants (gras, fibres), de la composition du repas, etc.

Aujourd’hui, on recommande volontiers une alimentation associant des aliments aux IG peu élevés, pour éviter une sollicitation permanente de la production d’insuline en réponse aux « excursions » de la glycémie.

Deuxième erreur que l’on peut noter dans cette intervention : il s’agit bien des aliments contenant des glucides (les pâtes, le riz, les légumineuses), et non du sucre !

 

« Le sucre est plus addictif que le tabac, l’alcool et la cocaïne »

 

Comparer sucre et drogue est dangereux !

 

 

Nous ne sommes pas seuls à le dire (Consensus Neurofast 2014, Ziauddeen 2016) : ce qui est vrai pour un groupe de rats entrainés en laboratoire à choisir entre un shoot de cocaïne et de l’eau sucrée n’est pas extrapolable à l’homme. Un médecin devrait rectifier un tel raccourci, notamment pour éviter d’entretenir la confusion entre l’intensité dramatique des effets de substances telle que la cocaïne ou l’alcool et l’effet d’une consommation (même répétée !) d’un morceau de sucre dans son café.

Ou tout au moins apporter un peu de nuance. Chez certaines personnes, il existe bien une souffrance évoquant une addiction aux aliments sucrés (boulimie, binge eating, etc.), qui nécessite une prise en charge, mais les experts en nutrition penchent plutôt pour une addiction comportementale, qui n’est pas liée à un nutriment ou un aliment (voir notre billet « Sérieusement, le sucre pire que la cocaïne ? »)

 

« Le sucre, on en mange 30 kg par an, le triple des recommandations »

 

Vente n’est pas consommation

 

 

Rappelons-le :

  1. les 30-35 kg sont des ventes de sucre : sucre en morceaux, sucres ajoutés aux produits sucrés, sucre ajouté au raisin pour la vinification, sucre utilisé en pharmacie, etc.
  2. nous ne mangeons pas tous ces sucres, le vrai chiffre de consommation est de 53 g/j (enquête Credoc 2016) soit environ 20 kg/an
  3. l’OMS recommande de limiter les sucres libres (sucres ajoutés et sucres des jus de fruits) à moins de 10% des calories, l’équivalent de 50 g/j pour un apport de 2000 kcal/j. Avec 53 g/j en moyenne, les Français sont dans les clous !

C’est clair qu’une partie des Français consomment beaucoup de produits sucrés et de boissons sucrées, lesquels apportent globalement beaucoup de calories pour peu de fibres ou de micronutriments.

Peut mieux faire donc, mais pour remédier à cela, il y a sans doute mieux à dire et à faire que de qualifier le sucre de poison et le remplacer par des « substituts » qui sont tout simplement d’autres sources de sucres : sucre de coco, miel, sirop d’agave… Si la différence est visible en termes de couleur, goût ou texture, la présence de minéraux ou d’anti-oxydants est très faible dans tous les cas, surtout ramenée à la portion consommée dans un café ou un yaourt.

 

L’alimentation, c’est apparemment simple mais cela nécessite quand même un peu de nuance et de complexité.

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