Fin 2016, l’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses) recommandait de limiter les apports en sucres (hors lactose et galactose) en deçà de 100 g par jour. Dans un article paru dans Nutrients, le groupe d’experts réunis par l’Anses revient sur la démarche suivie pour arriver à cette conclusion.

Établir une méthode structurée

Premier jalon de la démarche : définir les maladies à considérer, c’est à-dire celles susceptibles d’être liées aux apports en sucres. Maladies cardiovasculaires, obésité, diabète, dyslipidémie et goutte ont ainsi été retenus, ainsi que les facteurs de risques reconnus de ces maladies (ex : insulino-résistance, cholestérol LDL, triglycérides, etc.). Deuxième étape : procéder à la recherche bibliographique, réalisée en l’occurrence dans deux bases de données (PubMed et Scopus) à partir de mots clés ciblant les articles sur les sucres et les maladies considérées. Seules les études réalisées chez l’Homme ont été retenues et classées en trois catégories : études d’intervention, études épidémiologiques prospectives et études mécanistiques. Les méta-analyses d’études ont également été incluses.

 

Qualifier les niveaux de preuve des relations

Le groupe a ainsi conclu à l’existence de preuves fortes soutenant une relation entre l’apport en sucres et la prise de poids, ainsi qu’avec le développement d’une hypertriglycéridémie, d’une insulino-résistance hépatique, d’une hyperuricémie et d’une augmentation de la graisse hépatique ; et de preuves indirectes d’un risque augmenté de diabète et de maladies cardiovasculaires. Dans un souci d’exhaustivité, les données bibliographiques parues depuis la fin de l’expertise menée au sein de l’Anses (mai 2015) ont été ajoutées à cet article et n’ont pas été jugées de nature à remettre en question les conclusions initiales. Toutefois, si conclure sur l’existence de relations est une chose, définir une valeur critique d’apport en sucres en est une autre, qui a constitué la dernière étape de l’expertise du groupe d’experts.

 

Définir une valeur limite d’apport en sucres

Pour ce faire, le groupe a considéré non pas les risques de maladies (faute de données) mais les biomarqueurs intermédiaires. Les données de la littérature ont en effet permis de documenter les plus petites doses de fructose affectant les triglycérides sanguins : 50 g/j ; provoquant une insulino-résistance hépatique : 80 g/j ; induisant l’accumulation de graisse hépatique : 150 g/j ; et générant l’augmentation de l’acide urique : 200 g/j. C’est donc à partir de 50 g/j de fructose que les premiers effets métaboliques indésirables sont observés. Le fructose constituant environ 50 % des sucres les plus communément consommés (saccharose, sirop de fructose-glucose…), le groupe d’experts a finalement retenu une valeur maximale d’apport en sucres (hors lactose et galactose) de 100 g/j.

 

Quelle cohérence avec la recommandation de l’OMS ?

Contrairement à la recommandation de l’Anses, l’Organisation Mondiale de la Santé propose une limite portant sur les « sucres libres », estimant qu’ils devraient représenter moins de 5 ou 10 % de l’apport énergétique total (AET) quotidien. Pour vérifier l’adéquation entre ces deux recommandations, l’Anses a développé un outil d’optimisation permettant de simuler l’application de sa nouvelle limite en sucres totaux de 100 g / jour et celle incitant à la consommation de fruits et légumes. Résultat : les fruits apporteraient environ 40 g de sucres et les légumes 6 g/j. Ce qui laisserait un maximum de 50 g pour les autres sources de sucres, en cohérence avec la recommandation de 5 à 10 % de l’AET de l’OMS.

 

À retenir :

  • A partir d’une analyse des données de la littérature, un groupe d’experts de l’Anses a estimé que des apports trop élevés en sucres se révélaient associés à la prise de poids ainsi qu’à une augmentation des triglycérides sanguins.
  • Les premiers effets sur les triglycérides sont constatés pour des apports en fructose à partir de 50 g/j.
  • Le fructose constituant environ la moitié des sucres les plus consommés, le groupe d’experts a ainsi proposé une limite maximale de consommation quotidienne de sucres de 100 g/j.

 

Source : French Recommendations for Sugar Intake in Adults: A Novel Approach Chosen by ANSES. Tappy L, Morio B, Azzout-Marniche D, Champ M, Gerber M, Houdart S, Mas E, Rizkalla S, Slama G, Mariotti F, Margaritis I. Nutrients. 2018 Jul 29;10(8).

 

 

Auteur : Tappy L

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Brèves nutrition octobre 2018