Les auteurs de cet article ont passé en revue les différentes preuves soutenant la théorie de l’addiction au sucre. Ils ont comparé chez l’animal les effets neurobiologiques de deux drogues, la cocaïne (stimulante, qui utilise le système dopaminergique) et la morphine (un opiacé qui utilise les systèmes dopaminergique et opioïde endogène), à ceux du sucre. Ils admettent que drogues et sucre partagent une neurobiologie commune, en considérant que les drogues « détournent » le système neural naturel de la récompense. Ils notent toutefois des différences, à la fois dans la localisation anatomique des circuits impliqués et dans la réponse dopaminergique (cette dernière étant par exemple amplifiée par des indices prédictifs dans le cas de la cocaïne, alors que ces indices l’atténuent dans le cas du sucre). Bien que des comportements semblables à l’addiction puissent être créés par le saccharose, plusieurs points doivent être pris en considération. D’abord, ces comportements sont provoqués par la palatabilité du goût sucré et non par le contenu calorique. Ensuite, ils apparaissent uniquement dans le cas où les rongeurs sont nourris par un régime avec un accès intermittent au sucre, mais non lorsque ils sont nourris ad libitum. Les auteurs notent que les animaux sont présélectionnés pour leur préférence au saccharose, alors que dans les études sur les drogues, on préfère utiliser des animaux naïfs. Ainsi, on ne peut pas estimer, comme on le fait pour les drogues, la prévalence d’animaux développant des comportements semblables à l’addiction sous l’effet du sucre. Enfin, certaines caractéristiques des drogues restent, pour l’instant, non démontrées dans le cas du sucre : la motivation accrue pour la recherche de la substance, le phénomène d’accoutumance ou la restauration de la recherche de la substance par des stimuli conditionnés. Les auteurs concluent que les comportements induits par le sucre mimant l’addiction chez l’animal divergent de l’addiction aux drogues sur les plans neurologiques et comportementaux. Ils rapprochent l’addiction alimentaire, telle que mesurée par l’échelle YFAS, du trouble de binge eating et posent la question d’une réelle différence entre ces deux comportements.

Cette revue de la littérature met en évidence de nombreuses lacunes dans la démonstration de l’existence de l’addiction alimentaire et l’addiction au sucre chez l’homme. Les auteurs mettent en garde contre une généralisation du concept d’addiction au sucre dans la littérature scientifique et de son intégration dans les recommandations de politique publique.

Sugar addiction: the state of the science. Westwater ML, Fletcher PC, Ziauddeen H. Eur J Nutr. 2016 Nov;55(Suppl 2):55-69. Epub 2016 Jul 2. Review. *68012

 

Auteur : Westwater ML

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Brève Nutrition n°68 - Juin 2017 - N68012