A chaque nouvelle étude sur le métabolisme des cellules cancéreuses, on n’échappe que rarement aux titres du genre « Le sucre rend le cancer plus agressif » ou « le sucre nourrit les tumeurs ». Les reprises médias d’une récente recherche sur le sujet, innovante mais pointue, confirment cette règle.

La recherche portait sur des levures et l’objectif de l’étude était de comprendre un effet métabolique connu depuis plus de 90 ans, l’effet Warburg, phénomène stimulant la croissance tumorale dans lequel les cellules cancéreuses décomposent rapidement le glucose.

 

« Une recherche ayant duré neuf ans vient de prouver que le sucre influence la croissance des cellules cancéreuses »

Le gros titre de cet article prête à confusion et fait à nouveau un raccourci simpliste en s’éloignant très franchement du titre de l’étude dont la traduction littérale serait : « Le fructose-1,6-bisphosphate s’associent avec le flux glycolytique pour l’activation de Ras » (1).

  1. Tout d’abord l’étude ne porte pas sur le sucre (saccharose) mais sur le fructose 1,6-biophosphate: un composé issu de la digestion du glucose dans nos cellules, lui-même apporté par l’ensemble des glucides (pâtes, pain, fruit,…) et pas seulement par le sucre.

Une solution proposée à l’effet Warburg serait de bloquer l’apport en glucose aux cellules cancéreuses tout en le maintenant aux autres cellules saines du corps humain, qui tirent également leur énergie des glucides que nous consommons, et en particulier les cellules du cerveau.

  1. L’étude a été réalisée sur des cellules de levure, qui ont une croissance rapide comme les cellules cancéreuses et qui possèdent les mêmes protéines « Ras ». Elle est donc encore très expérimentale et a pour objectif de comprendre le processus par lequel les cellules cancéreuses puisent leur énergie à partir du glucose.

 

« Les résultats ne sont pas suffisants pour identifier la cause principale de l’effet Warburg »

Depuis la découverte de l’effet Warburg, le problème est de savoir si le mécanisme biologique à l’origine de la forte utilisation du glucose par les cellules cancéreuses est une cause ou une conséquence du cancer.

Cette nouvelle étude apporte des précisions sur les différents composés intervenant dans le « cercle vicieux » d’activation des protéines Ras, qui stimulent la multiplication des cellules de levure ainsi que des cellules cancéreuses. Cependant, l’auteur prend soin de préciser que « les résultats ne sont pas suffisants pour identifier la cause principale de l’effet Warburg » et qu’ils ne constituent qu’« une étape d’un processus beaucoup plus vaste et qu’une percée dans un domaine de recherche très spécifique n’est pas de la même importance qu’une percée dite médicale ».

Ainsi, la recherche avance sur les mécanismes très fins gouvernant la croissance des cellules tumorales, ouvrant la voie à de nouvelles pistes thérapeutiques.

Plus qu’un aliment ou une alimentation riche en sucres (3,4), c’est le surpoids et l’obésité qui sont mentionnés aujourd’hui comme facteur de risque avéré pour certains cancers(5).

 


Références

  1. Ken Peeters, et al., Nature Communications 2017. Fructose-1,6-bisphosphate couples glycolytic flux to activation of Ras.
  2. Scientists reveal the relationship between sugar, cancer. Science News, 2017
  3. ANSES, 2011. Nutrition et cancer : Rapport d’expertise collective
  4. INCa, 2015. Nutrition et prévention primaire des cancers : actualisation des données
  5. Rapport Anses. Nutrition et cancer – Légitimité de recommandations nutritionnelles dans le cadre de la prévention des cancers 2011