Les résultats discordants des études épidémiologiques sur la relation entre les apports en sucres et le risque de diabète et de maladies cardiovasculaires pourraient s’expliquer par les biais de déclaration des apports. C’est ce qu’a étudié une équipe américaine grâce à un biomarqueur développé pour mieux estimer les apports en sucres.

Des équations pour corriger les données déclaratives à partir de biomarqueurs

Pour explorer leur hypothèse, les chercheurs ont utilisé les données de la cohorte américaine WHI (Women’s Health Initiative) rassemblant plus de 80 000 femmes ménopausées suivies sur des durées allant jusqu’à 16 ans. Pour estimer les apports nutritionnels, ce type d’étude, rassemblant des dizaines de milliers de personnes, s’appuie en général sur les données déclarées par les participants (recueillies via des questionnaires de fréquences de consommation – cas de la présente étude –, des rappels de 24 h ou d’autres techniques d’enregistrement des consommations alimentaires). Dès lors, une question se pose : dans quelle mesure peut-on se fier à ces données déclarées et non mesurées ? En guise de vérification, l’équipe a considéré, dans des travaux préparatoires antérieurs, un sous-échantillon de la cohorte afin de comparer les apports déclarés à des biomarqueurs mesurés des apports en sucres (fructose et saccharose urinaires mesurés sur 24 h). Cela leur a permis d’estimer l’écart entre les deux types de valeurs et de créer des équations prédictives associant à un apport déclaré en sucres totaux (ST) un apport corrigé dit « calibré ». Les apports médians en sucres tels que déclarés étaient ainsi de l’ordre de 60-62 g pour 1 000 kcal tandis que les apports calibrés étaient estimés entre 79 et 95 g pour 1 000 kcal.

 

Des résultats variables selon la méthode d’estimation des apports en sucres

Dans les modèles calibrés par biomarqueurs, ajustés sur l’apport énergétique, les apports en sucres totaux n’étaient pas associés au risque de survenue de diabète de type 2 et de maladies cardiovasculaires. En revanche, avec les mesures auto-déclarées, les apports en sucres totaux ressortaient comme inversement associés au risque de diabète de type 2, et parfois au risque de maladies de cardiovasculaires.

Ces tendances étaient observées dans la majorité des modélisations effectuées (modèles multivariés ajustés sur différents facteurs), et quelle que soit la méthode utilisée pour ajuster sur l’apport énergétique (modèle de partition ou de substitution). Les apports en sucres totaux étant corrélés à l’apport énergétique, qui peut lui-même être associé au risque de maladie, il est indispensable d’ajuster sur ce facteur. L’apport énergétique « calibré » ressortait effectivement comme fortement associé aux risques de diabète de type 2 et de maladies cardiovasculaires dans cette étude, suggérant que les associations parfois mises en évidence avec la consommation de sucres pourraient résulter de leur contribution aux apports énergétiques.

 

 

À retenir :

  • À partir de biomarqueurs urinaires de la consommation de sucres, une équipe a proposé une méthode permettant d’évaluer l’erreur de mesure affectant les apports déclarés pour ce nutriment. Des équations prédictives ont permis d’estimer des apports corrigés.
  • Alors que les risques de diabète de type 2 et de maladies cardiovasculaires semblaient réduits par les apports en sucres totaux au regard des apports déclarés, ils apparaissent non associés à ces apports en sucres totaux dès lors que l’on considère les apports corrigés.

Source : Associations of Biomarker-Calibrated Intake of Total Sugars With the Risk of Type 2 Diabetes and Cardiovascular Disease in the Women’s Health Initiative Observational Study. Tasevska N, Pettinger M, Kipnis V, Midthune D, Tinker LF, Potischman N, Neuhouser ML, Beasley JM, Van Horn L, Howard BV, Liu S, Manson JE, Shikany JM, Thomson CA, Prentice RL. Am J Epidemiol. 2018 Oct 1;187(10):2126-2135.

Auteur : Tasevska

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Brèves Nutrition octobre 2018