Il nous accompagne tout au long de notre vie et serait en partie responsable des effets de notre alimentation sur la santé : le microbiote intestinal, objet d’étude intensive depuis une décennie, est encore loin d’avoir livré tous ses secrets, conclut une revue parue dans Nature Reviews Gastroenterology & Hepatology.

Le microbiote au fil du temps

On désigne souvent les interactions entre notre organisme (l’hôte), notre régime alimentaire et le microbiote comme une relation tripartite. Celle-ci se construit au cours du temps, et ceci à différentes échelles : notre microbiote actuel serait ainsi très différent de celui de nos ancêtres, dont le régime alimentaire, plus végétal et moins dense en énergie, nécessitait une communauté bactérienne intestinale à même de maximiser l’extraction énergétique. Le microbiote évolue aussi à l’échelle d’une vie. L’ensemencement du tube digestif commence à la naissance par les bactéries de l’environnement maternel et gagne en diversité à partir de la diversification alimentaire. Relativement stable au cours de la vie adulte, il perdra à nouveau en diversité au cours de l’avancée en âge, en particulier chez des personnes âgées en institutions, sans doute en lien avec le resserrement du répertoire alimentaire (voir figure 1). Enfin, le microbiote connaît des fluctuations quotidiennes liées à l’alternance des phases de jeûne et d’apports alimentaires.

Un rôle intermédiaire expliquant les effets bénéfiques des fibres ?

Notre alimentation oriente ainsi la composition du microbiote, et par voie de conséquence notre santé (voir figure 2). Un exemple : les fibres. Si l’homme est incapable de les digérer, elles constituent un substrat de choix pour les bactéries du côlon, qui possèdent les enzymes nécessaires à leur dégradation. Les réactions de fermentation conduisent à la production d’acides gras à chaînes courtes (AGCC) que sont l’acétate (C2), le propionate (C3) et le butyrate (C4). Ces AGCC ont tous été impliqués dans la régulation du métabolisme énergétique chez l’Homme. La découverte la plus frappante à leur sujet ces dernières années[1] ? L’acétate produit par le microbiote dans le côlon peut rejoindre l’hypothalamus où il intervient dans la régulation de l’appétit et de la prise alimentaire. Autre effet majeur des fibres récemment découvert : prévenir la dégradation de la muqueuse intestinale (porte ouverte aux maladies inflammatoires) : privées de fibres, les bactéries du microbiote utilisent en effet la muqueuse comme source alternative d’énergie.

 

Certains composés alimentaires créent une dysbiose

Si les effets bénéfiques des AGCC ont été rapportés dans les études sur les fibres, il n’en va pas de même lorsque l’on considère les apports en graisses. Les productions élevées d’AGCC par le microbiote en cas de régime riche en graisses, en particulier saturées, ou en état d’obésité, sont alors interprétées comme une capacité accrue du microbiote à extraire l’énergie des aliments non digérés arrivant dans le côlon, ce qui pourrait conduire à la prise de poids. Malgré tout l’intérêt qu’ils suscitent, les effets des AGCC sur la santé sont donc encore loin d’être parfaitement cernés. Au-delà des nutriments comme les fibres ou les lipides, notre régime moderne est aussi caractérisé par la présence d’additifs, qui pourraient eux-aussi être à même de modifier la composition de notre microbiote. Notamment, certains émulsifiants et édulcorants seraient impliqués dans l’apparition d’une dysbiose (déséquilibre du microbiote), elle-même associée la dérégulation du métabolisme glucidique et à une inflammation généralisée.

Des pistes pour rééquilibrer le microbiote

Alors que les maladies métaboliques sont souvent associées à la dysbiose, de nombreuses interventions visant à modifier le microbiote ont été conduites dans un but de prévention voire de guérison. Quid de leur efficacité ? Les prébiotiques tout d’abord (inuline, fructo ou galacto-oligosaccharides…) augmentent en général la présence de Bifidobactéries et de Lactobacilles dans le microbiote. Toutefois, les effets santé en découlant sont inconstants : ils pourraient se révéler personne-spécifiques et dépendre de la composition initiale du microbiote. Côté probiotiques, objet d’un marché industriel d’ampleur, le manque de preuves robustes de leur efficacité universelle en conditions réelles est souligné, bien que certaines souches utilisées dans des essais randomisés comme Akkermansia muciniphila fassent l’objet d’un intérêt grandissant.

Vers une nutrition personnalisée

Une clé de lecture pourrait expliquer les résultats discordants parfois observés quant aux interactions entre le microbiote, le régime alimentaire et la santé, et orienter les recherches des prochaines années : la nutrition personnalisée. Pour appuyer ce concept, sont rappelés les résultats d’une étude[2] réalisée par l’équipe qui a fait beaucoup parler d’elle : elle a montré que la réponse glycémique suite à la consommation de pain dépendait davantage de paramètres individuels que du type de pain consommé (pain blanc versus pain complet) – voir Brèves n°68. Et parmi les paramètres individuels considérés, lesquels se distinguaient pour prédire la réponse glycémique individuelle ? Ceux traduisant la composition du microbiote des sujets !

À retenir :

  • Façonné par notre alimentation, le microbiote intestinal pourrait être à l’origine d’une partie des effets de notre régime alimentaire sur la santé.
  • En dépit de la multitude de recherches entreprises, les liens entre microbiote, alimentation et santé restent encore peu compris et les relations de causalité difficiles à établir.
  • La forte empreinte individuelle au niveau du microbiote pourrait être une clé pour expliquer le manque de reproductibilité entre études et pour orienter les prises en charges thérapeutiques vers une nutrition personnalisée.

Le microbiote intestinal évolue en fonction des périodes de la vie (petite enfance, âge adulte, etc.) mais aussi sur des durées plus courtes à l’échelle de la journée.

Le microbiote intestinal, en partie formaté par notre alimentation, pourrait médier les effets de cette dernière sur la santé et expliquer l’apparition de certaines maladies métaboliques.

 

Source : You are what you eat: diet, health and the gut microbiota. Zmora N, Suez J, Elinav E. Nat Rev Gastroenterol Hepatol. 2018 Sep 27.

[1] Frost, G. et al. Nat. Commun. 5, 3611 (2014).

[2] Korem, T. et al. Cell Metab. 25, 1243–1253 (2017).

Auteur : Zmora N

Documents supports :
Brèves Nutrition n°74 - novembre 2018